Menu

Annonce d’un investissement de 19,8M$ pour les groupes d’hommes; l’Alliance MH2 mitigée

Montréal, le 29 avril 2021 – C’est avec des sentiments mitigés que l’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale (Alliance MH2) accueille l’annonce d’un investissement massif de 19,8M$ pour les groupes d’aide aux conjoints violents. Il est d’abord très positif d’aborder l’enjeu des hommes au comportement violent qui est trop longtemps demeuré tabou et évité par de trop nombreux gouvernements; si les hommes sont la source du problème, ils doivent faire partie de la solution. Il est donc fort positif pour nos collègues des groupes d’aide aux agresseurs d’avoir des ressources financières bonifiées permettant un apport supplémentaire de 60 intervenants correspondant à 2100 heures de services supplémentaires par semaine.

Nous accueillons aussi positivement le mandat donné à Sylvain Lévesque d’uniformiser et d’optimiser les pratiques des groupes pour conjoints violents d’ici décembre qui répond à notre demande d’avancer sur le Chapitre 9 du rapport Bâtir la confiance, en particulier sur la recommandation 121 visant à Améliorer, encadrer, évaluer les programmes pour conjoints violents et voir à ce qu’ils reçoivent une accréditation. Nous invitons toutefois le gouvernement à rester vigilant, ne pas travailler en silo, et à garder une vision à long terme. Nous sommes un peu préoccupées de voir une séparation aussi distincte entre le travail de Monsieur Lévesque avec les groupes d’hommes, et celui de Madame Isabelle Lecours qui sera l’interlocutrice les maisons d’aide et d’hébergement pour femmes. Les groupes d’aide et d’hébergement pour femmes victimes doivent être parties prenantes de l’ensemble des nouvelles mesures gouvernementales en violence conjugale, incluant les mesures pour les agresseurs, et ce bien au-delà des services communautaires.

L’expertise des groupes d’aide et d’hébergement pour les victimes de violence conjugale est essentielle. Plusieurs de nos maisons membres ont développé, au cours des années, des pratiques collaboratives efficaces avec les groupes d’aide aux conjoints violents afin d’assurer une meilleure sécurité aux femmes et aux enfants en danger. Le gouvernement ne doit pas se priver de la richesse de ces savoir-faire déjà en place. 

Sabrina Lemeltier, présidente de l’Alliance MH2

Besoin de réformes judiciaires structurantes pour aborder l’enjeu des conjoints violents

S’il est effectivement important d’accroître le financement des groupes d’aide, aux victimes et aux agresseurs, l’Alliance MH2 considère que nous avons d’abord et avant tout besoin de mesures structurantes passant prioritairement par une réforme de l’appareil judiciaire. Il est important qu’une adéquation plus approfondie soit faite entre les services d’aide aux agresseurs, le système judiciaire et les corps policiers. Rappelons qu’une grande majorité des agresseurs en violence conjugale possèdent des antécédents judiciaires de crimes violents. Une analyse de dangerosité et un accompagnement adéquat doit donc être systématisé dans le parcours judiciaires des criminels violents.

 

Nous attendons aussi avec impatience les recommandations à venir de la Commission Laurent qui déposera son rapport au gouvernement demain. Nous espérons qu’on y questionnera le droit systématique à la parentalité chez les hommes violents, qu’on reconnaîtra que la coparentalité est une voie de revictimisation des survivantes de violence conjugale et que le rapport fera émaner des pistes d’intervention concrètes pour aborder la violence conjugale postséparation dont les enfants demeurent victimes.

Le langage choisi pour parler de violence conjugale est important

Encore une fois, l’Alliance MH2 souligne que l’urgence d’agir ne doit pas palier à la vision d’ensemble à long terme. La solution à la violence conjugale se trouve dans des changements structurants et systémiques au niveau de l’appareil gouvernemental, mais aussi dans un changement de mentalités au niveau de la société pour une solidification du filet de sécurité des victimes. Nous rappelons que la définition de la violence conjugale dans la politique gouvernementale précise qu’elle : « ne résulte pas d’une perte de contrôle, mais constitue, au contraire, un moyen choisi pour dominer l’autre personne et affirmer son pouvoir sur elle. » Nous invitons l’ensemble de nos interlocuteurs à collaborer à nos efforts de démystification de la violence conjugale en assurant un discours qui coïncide avec les approches mises de l’avant par les expert-e-s du milieu.

-30-

À propos de l’Alliance :

L’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale compte 26 maisons membres, dont l’objectif principal est la prévention de l’homicide conjugal. Elles offrent des services spécialisés en violence conjugale postséparation au premier chef la mise en sécurité physique, le premier critère d’admission est la dangerosité de l’ex-conjoint. Ceci concerne 8% des femmes qui, au départ d’un refuge d’urgence, vivent des enjeux de sécurité majeurs du fait de la dangerosité du conjoint. Elles hébergent plus de 500 femmes et enfants par année dans 140 chambres ou appartements.

Source :

Vicky Croisetière, agente de communication, communication@alliancemh2.org | 438-356-2100

 

Disponible pour entrevue:

(Français) Sabrina Lemeltier, présidente Alliance MH2

(Anglais) Maud Pontel, coordonnatrice Alliance MH2