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JOURNÉE INTERNATIONALE DES DROITS DES FEMMES: 8 mesures pour prévenir les féminicides en contexte de violence conjugale

Par Sabrina Lemeltier : présidente de l’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale (Alliance MH2)

Dans la foulée des 5 féminicides survenus en contexte de violence conjugale en moins d’un mois, l’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale (Alliance MH2) souhaite rappeler que le gouvernement a tout en main afin de prévenir les homicides conjugaux et offrir aux victimes de violence conjugale l’accompagnement dont elles ont besoin. Depuis décembre dernier, les rapports se sont bousculés, venant ajouter près de 300 mesures concrètes supplémentaire au développement stratégique déjà proposé par le plan quinquennal provincial en matière de violence conjugale comportant 56 actions.

Nous profitons du 8 mars, journée internationale des droits des Femmes pour mettre de l’avant 8 mesures concrètes à implanter urgemment pour le droit des femmes à la vie et à dignité.

  1. Il est primordial de prévoir le développement de nouvelles unités, en particulier pour les maisons d’hébergement de 2e étape(MH2) qui accueillent les femmes présentant les plus hauts risques d’être assassinées. En effet les MH2 proposent un hébergement de moyen terme visant à garantir la sécurité des femmes et des enfants hébergés face à la dangerosité de l’ex-conjoint qui perdure bien au-delà de la rupture. Les MH2 visent la prévention de l’homicide conjugal, et offrent des services spécialisés en violence postséparation : l’établissement d’un filet de sécurité au regard de l’analyse de la dangerosité du conjoint, les impacts sur les enfants exposés à la violence conjugale, la réinsertion sociale des victimes et l’autonomisation des femmes hébergées. Bien que le gouvernement ait reconnu leur importance dans son plan d’action quinquennal, les membres de l’Alliance MH2 attendent toujours depuis 1 an et demi le déblocage de 106 nouveaux logements!
  2. Il est essentiel d’assurer une plus grande cohérence dans le système judiciaire en matière de violence conjugale. Cela devrait inclure la présence systématique de procureurs dédiés à la violence conjugale ainsi que la mise en place d’un Tribunal Unifié de la Famille. Si aucune réforme du système judiciaire n’est faite, nous continuerons de constater des féminicides en contexte conjugal.
  3. Il est primordial de consolider les cellules d’intervention rapide servant à assurer un suivi des personnes ayant des comportements violents à risque d’homicide dans les régions où elles existent déjà. Assurer l’implantation de ces cellules dans l’ensemble des régions administratives du Québec. Pour sauver des vies, la confidentialité doit se lever!
  4. Il est nécessaire d’assurer l’implantation d’un secrétariat à la coordination et à l’intégration des actions en matière de violences sexuelles et conjugales qui ait réellement la capacité et l’autorité de coordonner l’action de chacun des ministères responsables dans leur champs de compétence
  5. Nous avons aussi besoin de l’implication des organismes travaillant avec les hommes violents. Le travail des groupes d’aide aux agresseurs est essentiel pour éradiquer la problématique de violence conjugale, mais il doit être régulé et encadré afin de s’assurer que les interventions soient faites dans une perspective de responsabilisation de l’agresseur afin de véritablement développer un filet de sécurité auprès de la victime et de ses enfants.
  6. Toujours dans l’objectif de garantir un filet de sécurité aux victimes et à leurs enfants, il est nécessaire d’accroître dès 2021 le financement des services d’échanges de garde afin que ces services soient accessibles dans l’ensemble du Québec.
  7. Le développement des logements sociaux au sens large est tout aussi important. La plupart des familles nombreuses hébergées dans les services en violence conjugale faisant face à un manque considérable de logements sociaux, se retrouvent en hébergement plus longtemps, dépassant souvent les délais prévus. Cela se traduit par une diminution d’unités disponibles pour d’autres familles en besoin de sécurité urgente, créant par le fait même des goulots d’étranglement pour l’accès aux services d’hébergement en violence conjugale.
  8. À toutes ses propositions de solutions innovantes, il est tout aussi important que le gouvernement s’assure de ne pas reculer sur les droits acquis des victimes. À cet effet, il est donc important que le ministre de la Justice soit à l’écoute des organisations de défense des droits des victimes et que la réforme de l’IVAC soit le fruit d’un travail collaboratif.

La prise de parole de monsieur Legault lors de la conférence de presse du 3 mars témoigne de l’intérêt du gouvernement pour mettre en place des changements structurels en matière de violence conjugale. À quelques semaines du dépôt du prochain budget, il est nécessaire que celui-ci prévoit des moyens financiers adéquats pour lutter contre les violences faites aux femmes et pour prévenir les féminicides.

À la mémoire, d’Elisapee, de Marly, de Nancy, de Myriam et de Sylvie.