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La maison de 2e étape nous a permis de vivre sans peur, de créer un réseau et des liens

La prise de conscience
Je me nomme Thérèse et j’ai 40 ans. Ces 20 dernières années, j’ai été victime de violence conjugale sous toutes les formes : physique, psychologique, émotionnelle, financière ainsi que par rapport à mes croyances religieuses et spirituelles. À l’été 2009, j’ai constaté l’ampleur de mon état physique et psychologique ainsi que celle de ma fille, lors de mon passage à la Maison des femmes de Baie-Comeau. J’ai choisi de venir m’établir sur la Côte-Nord pour être loin de ce tumulte, retrouver mon identité en tant que femme et mère ainsi que beaucoup de calme.

Cet endroit fut une vraie prise de conscience pour une femme comme moi qui ne s’y retrouvait plus suite à un grand geste de détresse suicidaire de mon autre fille qui n’avait que 8 ans. Je me suis rendue compte que ça faisait plus de 20 ans que je portais ce fardeau qui était lourd sur mes épaules. Que mon entourage subissait cette réalité qui à la longue devenait redondante. On a pris trois semaines pour réfléchir à ce qu’on voulait vraiment en constatant qu’on était bien, sans peur de quoi que ce soit.

La Maison Anita-Lebel
Une intervenante nous a proposé d’aller visiter la Maison Anita-Lebel, une maison de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale et familiale. À notre grande joie, un 4 ½ nous a été offert. On s’est déracinées de notre région, de notre famille, de mon autre fille, de nos animaux et de nos amis. Nous sommes parties avec le strict minimum que nous pouvions mettre dans ma petite voiture pour que ma fille puisse commencer l’école. Nous avons habité durant presque une année un logement spacieux, propre et sécuritaire. Ce fut pour nous un nouveau départ, comme un bébé qui vient de naître.

Ma famille est venue nous aider financièrement et moralement. L’accompagnement des intervenantes nous a fait réaliser l’importance d’imposer nos limites. La maison nous a permis de vivre sans peur, de créer un réseau et des liens. Comme il y a un système sécurisé, on pouvait dormir et prendre du temps pour nous. Les activités organisées nous ont démontré que nous aussi nous pouvions encore rire, avoir du plaisir sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit ni peur de se faire juger. On réalise que cette violence fait des dégâts parfois irréversibles et qu’elle nous suit toute notre vie. Des maisons comme celle-là, il devrait y en avoir une dans chaque région du monde entier.

La vie après…
Partir de cette maison, c’est repartir sur une base renforcée. Les émotions sont fortes parce qu’on a créé des liens qui nous unissent pour la vie. C’est là qu’on se rend compte que la sécurité et l’amour que nous apporte cette maison font de nous des femmes plus fortes pour affronter la réalité de la violence. Cette maison m’a donné le pouvoir de connaître mes limites, ce qui fait que je me respecte en tant que femme et mère monoparentale. Au fil des jours, je constate que je suis fière de m’être déracinée pour éviter ces drames familiaux qui ne cessent de s’accroître. Je ne cesserai de dire que cette maison fait de nous des femmes plus conscientes, plus fortes, plus autonomes, plus à mêmes de gérer nos émotions. On a ce désir d’avoir plus que jamais une belle qualité de vie, pour nous et nos enfants. J’ai réussi à retrouver l’équilibre dans ma vie et à prendre des décisions pour mon avenir et celle de mes filles.

Lorsqu’on fait appel à moi pour être sur un site Web comme le vôtre, je me réjouis. C’est un grand cadeau qu’on me fait pour que je puisse enfin m’exprimer et dire à toutes ces femmes « N’ayez pas honte d’aller chercher de l’aide. Ne vous taisez pas. Les intervenantes sont là pour vous, pour vous outiller, pour vous donner du positif, pour apporter du soleil dans vos vies. Vous aurez plus conscience de vos capacités. Vous gagnerez en confiance et en estime ».

Je suis une des ces femmes qui veut parler à voix haute de ce que j’ai vécu et de toute l’aide que j’ai reçue et que je reçois encore. Alors, je dis oui pour ne plus me réduire au silence. Mille mercis à toutes celles qui ont réanimé la femme que je suis aujourd’hui.

Thérèse

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