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Pour vous aider à trouver le courage de faire les démarches nécessaires pour vous protéger contre la violence

Témoignage d’une ex-résidente d’une maison de 2e étape, devenue administratrice d’une maison membre de L’Alliance

Je suis venue au Canada avec ma famille en 2009 depuis l’Europe. C’était un changement radical dans notre vie, car il fallait faire beaucoup de démarches pour avoir tous les papiers, louer un appartement, ouvrir le compte en banque, inscrire mon fils aîné à l’école, trouver un médecin de famille et du travail pour établir notre sécurité financière.

Normalement, quand on décide de venir dans un autre pays en famille, cela doit renforcer et souder cette même famille, car c’est seulement ensemble qu’on est capables de réussir à avancer et à offrir une meilleure vie à nos enfants. Nos relations ont commencé à se détériorer en Europe. Alors que mon mari a voulu changer sa situation professionnelle, étant sa femme et la mère de ses enfants, je l’ai suivi en espérant que le changement de lieu pourrait sauver notre couple et surtout la famille que nous avions construite. Mais j’avais tort, car ici j’ai pu voir la vraie personnalité de l’homme que j’aimais et en qui j’avais confiance, pour lequel j’ai renoncé à beaucoup de choses, tant au niveau de ma carrière que de mes amitiés et de ma famille.

Ce n’est pas l’harmonie et l’amour qui régnaient dans notre couple. Un couple qui en tant que tel avait cessé d’exister. Nous sommes devenus deux inconnus. Les menaces répétées, des insultes racistes, la violence psychologique et physique se sont installées dans notre foyer. Et le plus malheureux dans tout cela, c’est que les enfants ont été exposés à toute cette violence. J’étais désespérée et je ne savais pas ce que je devais faire, à qui parler. Le monde était devenu sourd pour moi.

Un jour, j’ai cherché du travail sur internet et j’ai vu le Centre des femmes de Montréal, alors j’ai décidé de m’y rendre et de parler de nos problèmes aux intervenantes en gardant toujours espoir que quelqu’un pourrait m’aider. Pour la première fois, j’ai pu éclaircir ma situation. Mais le plus difficile c’était de prendre la décision de quitter la maison, car attendre pouvait nous détruire encore plus et surtout le développement et la sécurité des enfants aurait été mis en péril. Alors quoi faire? Vivre dans la toxicité continue ou reprendre la confiance en soi et se dire certes, ce ne sera pas facile, mais on a une chance de vivre en sécurité et en paix. Finalement, j’ai surmonté ma peur et mon anxiété et j’ai pris la décision de partir car la méchanceté et brutalité que mon mari exerçait envers moi-même et les enfants devenaient intolérables. Je me suis rendue au centre des femmes à l’été 2010, avec mes deux enfants, et par la suite nous avons été transférés dans une maison d’hébergement.

En arrivant à la maison d’hébergement, j’ai tout de suite demandé aux intervenantes de contacter la police et on m’a assurée que tout cela était dans la procédure et que je ne devais pas avoir de craintes. Mon mari a lancé un avis de recherche et a déposé une plainte contre moi aux autorités pour kidnapping d’enfants. J’ai rencontré l’enquêteur à ce sujet. Les enfants allaient de mieux en mieux, mon fils aîné était plus calme et retrouvait son sourire et son équilibre émotionnel. Les procédures de justice ont commencé. Notre adresse en maison d’hébergement était confidentielle et en aucun cas le père ne devait savoir où on habitait. Mais mon fils a entendu le nom de la rue et l’a répété. Suite à cela, il a fallu qu’on soit transférés dans une autre maison d’hébergement pour des raisons de sécurité et de confidentialité.

C’est comme cela que je me suis retrouvée avec les enfants à la Maison Flora Tristan 1ère étape. À l’arrivée, j’ai tout de suite été accueillie par les intervenantes. Je me rappelle encore de cette chambre claire et spacieuse où il y avait tout l’ameublement et les commodités nécessaires afin qu’on puisse s’installer. J’ai fait connaissance avec les femmes et enfants qui s’y retrouvaient et j’ai réalisé que nous n’étions pas les seuls à avoir la même tristesse. Chaque histoire était différente, mais ce qui nous unissait, c’est la cause contre toute forme de violence. On cherchait toutes la paix et la sécurité que nous n’avions pas quand nous étions en couple.

Je n’oublierai jamais non plus une femme plus âgée que moi qui m’a dit, sans me connaître : « N’aie pas peur, je vais t’aider, je serai là! » Au départ cela m’a surprise, mais plus j’apprenais à la connaître et plus nous avons développé une relation de confiance et d’amitié. J’étais entourée de l’aide des éducatrices pour les enfants, car il y avait énormément de situations à gérer avec mon fils aîné. Grâce à ce soutien et à cet accompagnement, j’étais rassurée et j’ai pu trouver les moyens d’expliquer à mon enfant comment s’adapter à la nouvelle situation familiale et retrouver un équilibre. Par le biais de mon intervenante, j’ai reçu également de l’aide dans le choix de mon avocat qui s’est montré patient et disponible dans un dossier plutôt difficile.

Nous sommes restés à la 1ère étape un mois, par la suite on a pu avoir accès à un logement de 2e étape sécuritaire et à prix abordable tout en continuant d’avoir l’appui des intervenantes. Les enfants et moi-même avions notre propre appartement tout en respectant les normes et les règles de la maison. C’était une nouvelle vie qui nous permettait de retrouver notre intimité familiale, de vivre sans crainte et de commencer un nouveau chapitre dans un environnement paisible. Avoir fait connaissance avec ma voisine m’a permis d’avancer dans mes démarches de séparation tout en faisant garder mes enfants par une personne de confiance.

Aujourd’hui, j’ai retrouvé une vie normale grâce à cet organisme dont je fais aussi partie du conseil d’administration et qui me permet d’aider d’autres femmes qui se sont retrouvées dans la même situation que moi. Tout ceci m’aura redonné espoir et confiance en la vie. On réalise que notre potentiel est illimité et qu’on est capable de s’affirmer et d’être vraie pour se respecter et être respectée. En espérant que cette histoire vous permettra de trouver le courage de faire les démarches nécessaires pour vous protéger contre la violence et les injustices faites sur vous. J’ai appris que vivre sans peur est une des sources de bonheur.

« Nous ne devons pas avoir peur de nous confronter… Du chaos naissent les étoiles. » – Charlie Chaplin